Impact des nouvelles technologies sur les marchés des services financiers : centre d’intérêt sur les banques commerciales burundaises
1.Introduction
L’impact des nouvelles technologies sur les marchés des services financiers est devenu un enjeu stratégique majeur pour le développement économique en Afrique de l’Est. Cette étude analyse spécifiquement la manière dont les innovations technologiques transforment le secteur bancaire au Burundi, en mettant l’accent sur les banques commerciales burundaises. L’étude montre pourquoi l’analyse des banques commerciales burundaises est importante. Elle analyse comment les technologies (mobile banking, API « Application Programming Interface en anglais », data, etc.) transforment les opérations et l’accès aux services financiers dans les banques commerciales du Burundi.
Les points clés de cette analyse sont les suivants:
- Contexte socio-économique du Burundi : faible taux d’inclusion financière, forte dominance du cash, infrastructure numérique en développement (Présidence de la République du Burundi, 2023).
- Rôle des banques commerciales dans l’économie burundaise : financement des Petites et Moyennes Entreprises (PME), paiements, épargne.
- Problématique : les technologies peuvent accélérer l’inclusion financière et moderniser le secteur, mais les banques burundaises font face à des contraintes (infrastructure, réglementation, ressources humaines).
À travers l’adoption du Mobile Banking, de l’Internet Banking et de la digitalisation des processus internes, la recherche montre l’importance de ces outils sur la performance financière, l’efficacité opérationnelle et l’inclusion financière des populations burundaises.
2. Contexte bancaire et technologique au Burundi
Le secteur bancaire burundais compte environ 14 banques commerciales, dominé par la BANCOBU (Banque Commerciale du Burundi), la BCB (Banque de Crédit de Bujumbura) et l’Interbank Burundi (IBB), qui pilotent l’essentiel du marché financier national sous la régulation de la Banque de la République du Burundi (BRB).
Selon la Banque de la République du Burundi (BRB) et l’Enquête Nationale sur l’Inclusion Financière (ENIF), le taux d’inclusion financière formelle globale est passé de 12,5 % en 2012 à 63,7 % en 2024 de la population adulte, pour un taux d’inclusion financière total (incluant le secteur informel) évalué à 78,7 %. Cette dynamique repose sur une forte disparité entre l’accès aux comptes bancaires traditionnels et l’essor rapide du Mobile Money (Banque de la République du Burundi, 2024).
La couverture mobile, internet fixe, électricité conditionnent l’adoption des services bancaires numériques. Le rôle de la Banque Centrale du Burundi (BCB) est un cadre juridique pour les paiements électroniques et les technologies financières ou Financial technologies (fintechs) en anglais. Il faut la présence des opérateurs télécom et leur collaboration avec les banques (par exemple. : interopérabilité entre banque et mobile money) (BRB, 2025).
A titre comparatif, prenons deux banques commerciales sur leur stratégie digitale : la Banque Commerciale du Burundi (Bancobu), une banque locale burundaise, et la BBCI (Banque Burundaise pour le Commerce et l’Investissement), qui, bien qu’opérant au Burundi, est étroitement liée à un acteur régional international (ERI), présent dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. Cela nous permet de mettre en évidence la différence d’approches : une stratégie « du bas vers le haut » et une autre reposant sur une expertise externe.
- Bancobu : priorité à l’accès et à l’infrastructure locale
La stratégie de Bancobu vise à étendre au maximum l’accès aux services bancaires sur l’ensemble du territoire burundais. Cette banque dispose du réseau d’agences le plus étendu du pays. Sa stratégie digitale traduit cette ambition par un accent mis sur les canaux mobiles et hors ligne, afin de toucher les clients dans les régions où l’accès à Internet et aux smartphones reste limité. Elle développe une application mobile et du SMS‑banking pour permettre aux clients d’effectuer des opérations de base (virements, consultation du solde, paiements) même en cas de connexion instable. Cela a pour objectif de moins viser une digitalisation très avancée que d’assurer un accès numérique de base là où la banque a déjà une présence physique.Le défi ici est de trouver un équilibre entre les investissements dans l’infrastructure des zones reculées et la nécessité de maintenir la modernité des services digitaux, dans un contexte de ressources limitées.
- BBCI : pari sur la plateforme technologique et la scalabilité
La BBCI a adopté une approche différente de la transformation digitale, en modernisant en profondeur son système informatique central. En 2017, la banque a remplacé son ancien système IT par le système OLYMPIC Banking System fourni par une Entreprise de Recherche Informatique (ERI). Cette décision visait à disposer d’une base flexible et scalable, capable de permettre le lancement rapide de nouveaux services digitaux et de s’adapter à la croissance.
Elle n’a pas simplement mis à jour l’interface, mais a entièrement renouvelé son cœur de système. Cela a permis d’intégrer des fonctionnalités plus complexes, comme des outils analytiques avancés pour l’évaluation des risques, des produits plus personnalisés pour les clients particuliers et entreprises, ainsi que de poser les bases de futures intégrations (avec des fintechs, des systèmes de paiement).
Son objectif est de devenir un leader digital sur le marché local en proposant des services plus sophistiqués et personnalisés, appuyés sur une base technologique solide.
Le plus grand avantage est que le lien avec ERI Banking offre un accès aux meilleures pratiques et technologies internationales, ce qui est particulièrement précieux sur un marché où les solutions locales matures peuvent faire défaut.
Quelle est la différence clé ?
- Échelle et priorités : La Bancobu met l’accent sur l’étendue de l’offre. Il s’agit de porter les services digitaux auprès du plus grand nombre de clients, y compris dans des zones moins développées. La BBCI privilégie la profondeur et la complexité. Il s’agit de construire une base technologique robuste pour proposer des produits avancés, fondés sur l’analyse.
- Ressources et partenariats : La stratégie de Bancobu repose largement sur ses propres ressources et sur le développement de son réseau local. La BBCI, quant à elle, s’appuie activement sur un partenariat extérieur (avec ERI) pour accéder plus rapidement à l’expertise technologique et à des solutions scalables.
- Risques : Pour Bancobu, le principal risque est d’assurer la stabilité et la sécurité des services en cas de perturbations de la connexion. Pour BBCI, le défi consiste à intégrer correctement une solution internationale complexe aux spécificités locales et à garantir un niveau élevé de cybersécurité.
Au final, les deux stratégies sont pertinentes dans leur contexte respectif : l’une répond à la nécessité d’un accès massif, l’autre vise à proposer des services sophistiqués sur une base technologique solide. Le succès à long terme dépendra des rythmes de numérisation du marché burundais et de la capacité des banques à s’adapter aux besoins évolutifs des clients.
3. Technologies clés adoptées par les banques commerciales burundaises
Voyons dans cette partie, les différentes technologies optées par les banques commerciales du Burundi ainsi que les Partenariats entre banque et opérateur télécom.
3.1. Technologies prioritaires
- Mobile banking et USSD (Unstructured Supplementary Service Data): il s’agit de canaux clés pour atteindre une population peu équipée en smartphones.
Exemple : services USSD (Lumicash, Ecocash, Bancobu enoti, BCB Imuhira, etc) pour consultation de solde, transferts, recharges. - Paiements électroniques et POS (Point of Sale): le déploiement est lent mais croissant dans les villes et, ça a un impact sur la réduction du cash.
- API et partenariats avec fintech/mobile money: interconnexion pour permettre des dépôts/retraits entre banque et portefeuille mobile.
- Systèmes de scoring alternatif: il s’agit de l’utilisation de données télécom ou transactionnelles pour évaluer le risque de crédit (important pour les Petites et Moyennes Entreprises (PME) et clients non banquisés).
3.2. Partenariats banque–opérateur télécom
Selon Burundi Eco, la Banque de la République du Burundi (BRB) orchestre une profonde mutation réglementaire et technique pour unifier le secteur bancaire et la téléphonie mobile. L’approche de la Banque centrale ne consiste plus seulement à encourager des alliances bilatérales isolées, mais à imposer et structurer une interopérabilité nationale obligatoire (Burundi Eco, 2024).
Le Burundi s’est doté d’un nouveau système d’échange d’argent, BurundiPay, lancé officiellement le 23 avril 2026 pour permettre des transferts instantanés d’argent entre banques, microfinances et portefeuilles mobiles. Ce système est accessible même sans connexion internet sur des téléphones basiques. Il vise à renforcer l’inclusion financière tout en réduisant les coûts et les risques liés à l’usage du cash (BRB, 2026).
4. Impact sur les modèles économiques et la concurrence
Les nouvelles technologies ont un impactes significative sur les modèles économiques ainsi que sur la concurrence bancaire.
- Banques vs mobile money :les technologies financières favorisent la concurrence et complémentarité : Le mobile money est souvent plus accessible que la banque classique.
- Coûts opérationnels : les FinTech (Financial Technologies) facilitent la réduction des coûts grâce à l’automatisation, mais nécessitent des investissements importants en sécurité et en formation.
- Stratégies de partenariat : les banques peuvent s’associer aux opérateurs pour étendre leur réseau sans construire de nouvelles agences.
- Accès aux marchés et inclusion financière: les technologies permettent d’atteindre des zones rurales via les agents bancaires et le mobile money.
- Impact sur les Petites et Moyennes Entreprises : les technologies permettent l’accès au crédit via des outils digitaux et la simplification des procédures de demande de prêt. Selon Burundi Eco, la BCB a développé des produits financiers sur mesure adaptés aux besoins de ces clients. Parmi ces produits financiers, il y a « le prêt BCB Kirumara», dédié aux PME qui ne disposent pas de garanties réelles, « les Crédits-bail », les avances sur stock et bien sûr les prêts classiques. D’après ses informations, au moins 50 Petites et Moyennes Entreprises (PME) ont déjà bénéficié des prêts dans le cadre du partenariat entre la Société financière internationale (IFC) et la BCB depuis mars 2024 (Burundi Eco, 2024).
5. Impact sur l’expérience client et les produits financiers
L’interopérabilité imposée par la Banque de la République du Burundi (BRB) et la modernisation des systèmes bancaires centraux redéfinissent en profondeur la relation entre les institutions financières et les consommateurs burundais. Cette mutation transforme la nature des produits proposés, mais elle se heurte encore à des freins structurels majeurs (BRB, 2025).
- Produits adaptés au contexte
Pour capter une population historiquement exclue du système bancaire traditionnel, les institutions financières burundaises abandonnent les produits rigides pour concevoir des offres modulaires et adaptées à l’économie locale comme les microcrédits, épargne par petits montants, assurances paramétriques, paiements fractionnés. - Barrières d’adoption
- Malgré les avancées technologiques, le développement des services financiers au Burundi se heurte à des obstacles socioculturels et matériels persistants. Il s’agit notamment de :
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- Littératie financière et numérique : Un nombre important de la population, notamment en milieu rural, peine à utiliser les menus USSD ou les applications mobiles bancaires complexes, ce qui freine une utilisation optimale et autonome des outils numériques.
- Confiance dans les services numériques : Passer d’une économie d’espèces à une gestion entièrement dématérialisée exige un changement culturel long. La peur des erreurs de manipulation ou des blocages de comptes alimente la méfiance.
- Sécurité des transactions : L’augmentation des tentatives de phishing, d’usurpation d’identité et d’arnaques par ingénierie sociale (faux appels d’agents) pousse la BRB à durcir les règles d’identification pour rassurer les usagers.
- Faible couverture Internet : Si le réseau de télécommunication est étendu, la connectivité Internet mobile (3G/4G) reste concentrée dans les centres urbains comme Bujumbura ou Gitega, isolant les zones reculées des services de banque en ligne.
- Accès limité aux smartphones : Le coût d’acquisition d’un smartphone reste prohibitif pour la majorité des ménages burundais. L’écosystème doit donc continuer à s’appuyer sur des technologies de base (SMS et codes USSD) adaptées aux téléphones classiques (feature phones).
- Inclusion financière des femmes et des populations rurales : impact positif des technologies mobiles
La convergence entre la banque et la téléphonie mobile agit comme un puissant catalyseur d’équité sociale et économique au Burundi. À titre d’exemples :
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- Désenclavement géographique : Le téléphone mobile élimine la barrière de la distance. Un petit exploitant agricole basé dans une colline éloignée n’a plus besoin de dépenser du temps et de l’argent pour se rendre dans une agence bancaire en ville afin de recevoir un paiement ou transférer des fonds.
- Autonomisation financière des femmes : Historiquement confrontées à des barrières juridiques ou culturelles pour l’accès à la propriété et aux comptes bancaires traditionnels, les femmes burundaises trouvent dans le canal mobile un espace sécurisé, confidentiel et indépendant pour gérer leurs revenus commerciaux.
- Insertion dans l’économie formelle : En enregistrant l’historique des transactions, des transferts et de l’épargne sur leur téléphone, les populations rurales se constituent un profil financier (score de crédit alternatif).
Conclusion
Les technologies sont un levier pour améliorer l’accessibilité et l’efficacité des services bancaires au Burundi. Les banques commerciales doivent trouver un équilibre entre innovation, rentabilité et sécurité. Avec la digitalisation du secteur financier du Burundi, les individus, les entreprises et le Gouvernement pourront payer par cartes, par téléphones ou par Code QR, par internet, etc. grâce au système de gestion intégrant toutes les transactions qui sera logé à la BRB. L’inclusion financière reste le défi majeur, et les technologies sont un outil essentiel pour y parvenir (BRB, 2025 ; Présidence de la République du Burundi, 2023).
Cette étude recommande:
- A l’attention des Banques Commerciales
- Elles doivent pleinement exploiter le nouveau système national de paiement instantané officiel du burundi « BurundiPay» afin de garantir une interopérabilité totale en temps réel avec les institutions de microfinance et les opérateurs de Mobile Money. Cela permettra d’accélérer l’intégration aux infrastructures nationales mutualisées et réduire (les couts de transfert de fonds) (BRB, 2026) ;
- Elles doivent renforcer l’éducation financière numérique des clients : mettre en place des campagnes de sensibilisation pour rassurer et former la population à l’utilisation des canaux digitaux, réduisant ainsi la dépendance historique au cash ;
- Elles doivent diversifier et adapter l’offre de services numériques (Mobile & Internet Banking) : concevoir des applications bancaires légères, utilisables via les protocoles USSD (sans connexion Internet obligatoire) et disponibles en langues locales (Kirundi) pour capter la clientèle rurale et le secteur informel.
- A l’attention de la Banque de la République du Burundi (BRB)
- Elle doit faire évoluer le cadre réglementaire des Fintechs (Financial Technologies) et de la monnaie électronique : Mettre en place un cadre juridique flexible qui encourage l’innovation financière tout en protégeant les consommateurs contre les risques systémiques ;
- Centraliser l’identité numérique financière : Finaliser et consolider la base de données unique pour l’enregistrement biométrique des utilisateurs de services financiers afin de sécuriser le processus de connaissance client.
- A l’attention de l’État et des opérateurs de télécommunication
- Etendre la couverture réseau (notamment la 4G ou 5G) à l’intérieur du pays et stabiliser l’accès à l’énergie électrique, ce qui sont des conditions sine qua non pour la viabilité des services financiers numériques en milieu rural ;
- Alléger les taxes sur les transferts d’argent mobiles et l’importation de smartphones pour inciter les populations à faible revenu à intégrer le système financier formel.
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
- Banque de la République du Burundi (BRB). La BRB, à l’œuvre pour la digitalisation totale du secteur financier du Burundi, Avril 2025.
- Banque de la République du Burundi (BRB). Rapport sur le lancement officiel du Système de paiement instantané : BurundiPay, avril 2026.
- Banque de la République du Burundi. Enquête Nationale sur l’inclusion Financière au Burundi, édition 2024 (ENIF2024)
- Burundi Eco. L’IFC et la BCB stimulent l’accès au financement des PME, septembre 2024
- Présidence de la République du Burundi.Vision Burundi, pays émergent en 2040 et pays développé en 2060. Bujumbura, 2023.


